miam-miam 124
30/04/05
sur les marchés :
autres agrumes
[produits “modernes”- 4]
| Quand je travaillais avec Michel Troisgros à son livre, La cuisine acidulée, c’est à dire juste au début de ce millénaire, je me souviens avoir eu les plus grandes difficultés à trouver de l’information sur le cumbawa. Aujourd’hui, j’en trouve chez le marchand de produits exotiques de mon quartier (le 15ème arrondissement de Paris). La frontière des agrumes a donc reculé. Elle semble s’être établie aujourd’hui sur la ligne du yuzu, cette sorte de mandarine japonaise à la peau jaune d’or et au parfum envoûtant. On commence à voir circuler dans les cuisines professionnelles des produits dérivés du yuzu, par exemple du zeste râpé séché: il n’est donc pas interdit de penser que des fruits frais apparaissent bientôt dans les boutiques spécialisées. Le yuzu est utilisé principalement pour son zeste mais son jus, assez acide, peut l’être également. Il fait merveille dans la vinaigrette au soja comme la prépare Pascal Barbot (voir miam-miam n°122) mais il peut tout aussi bien être associé à l’huile d’olive sur un poisson simplement grillé ou poché à basse température. Et pourquoi ne pas tenter de préparer une sorte d’oro di Venere, cette huile d’olive ligure parfumée au citron, mais qui le serait, cette fois, au yuzu, en faisant macérer des écorces dans l’huile? | ![]() |
Beaucoup plus rare est le sudachi, une sorte de petit citron vert qui n’existe pas hors du Japon actuellement et dont la saison est très courte, quelques semaines à la fin de l’été, mais que certains rapportent précieusement de voyages. Je n’en ai goûté qu’une fois, Michel Troisgros m’en avait ramené quelques uns d’une de ses expéditions là-bas. Le parfum se rapproche assez de celui du citron vert asiatique, il est cependant beaucoup plus subtil avec quelque chose de plus floral et de plus boisé en même temps, si je me souviens bien. Lui aussi est utilisé principalement pour son zeste mais on peut en faire de très fines tranches que l’on dépose sur un mets, poisson, légume ou viande blanche, pour profiter de la saveur acidulée de sa chair. |
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Désormais, donc, le cumbawa a trouvé droit de cité chez
nous et son parfum, si typique de la cuisine thaïe, venir vivifier
nos cuisines. Si on en a
encore envie! car depuis que cet agrume s’est répandu, il a été mis à toutes
les sauces, c’est le cas de le dire. Pourtant son parfum est inimitable
et un soupçon de son zeste peut faire décoller n’importe
quel plat. Pas plus qu’un soupçon car ce parfum est extrêmement
pénétrant, pour ne pas dire envahissant et, dosé avec excès,
fait davantage penser à un désodorisant industriel qu’aux
subtilités de l’Orient… Mais, surtout, la feuille de l’arbre
est un aromate extraordinaire, à utiliser par exemple dans un bouillon
ou dans une sauce légère au lait de coco, qui sont des utilisations
traditionnelles en Thaïlande, comme par exemple dans cette “Soupe
pimentée de crevettes”. |
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Le kumquat, quant à lui, a longtemps été cantonné ,
sous forme confite, au rôle de dessert dans les restaurants chinois.
Il vaut pourtant beaucoup mieux que ces pauvres fruits rabougris. Michel
Troisgros
aime le kumquat qu’il utilise comme une orange miniature. Dans La cuisine
acidulée il donne ainsi la recette des rougets
au fenouil et aux kumquats. |
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Le dernier agrume dont je voudrais parler aujourd’hui est l’ugli ®. Et non pas “ugly”: il est un peu difforme mais ne mérite pas le qualificatif d’affreux qu’on lui donne certaines fois (il semblerait que ce soit les Américains qui aient mal interprété le nom jamaïcain). Le nom “ugli” est une marque déposée (!) car il semblerait avoir été accaparé par le principal producteur. Comme beaucoup d’autres membres de la famille citrus, celui-ci est apparu spontanément et semble un croisement bizarre entre pomelos, clémentine et orange amère. Le producteur lui-même le définit comme “tangelos”. J’ai pu en goûter quelques fois: il ressemble à un gros pomelos bosselé, à la peau souvent verte (mais qui peut être orange aussi), se détachant facilement. La chair orangée, qui se présente sous forme de gros segments, a le goût de celle du pomelos (dont il est certainement issu) mais en beaucoup plus doux. Il est très juteux et pourrait faire un excellent accompagnement de poissons comme le bar ou la lotte… À suivre! |
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©Les Aventuriers du Goût