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joyeux

anniversaires!

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diversité des habitudes 

 

L’habitude de célébrer les anniversaires (privés) n’est pas si ancienne en France: à la génération de mes grands-parents — qui étaient des gens du XIX° siècle, il est vrai : cela ne nous rajeunit pas — la coutume, dans ces familles de tradition catholique, était plutôt de souhaiter la fête du saint patron et c’est sous l’influence grandissante des cultures protestantes que s’est faite cette évolution. Cette rivalité entre ces deux fêtes, celle qui célèbre le jour de naissance et celle, le nom, a une longue histoire que raconte en détail Françoise Lebrun dans “Le livre de l’anniversaire” (malheureusement, il semble indisponible en ce moment mais il ne faut pas désespérer, son éditeur, Robert Laffont, réimprime son “Livre de Noël”: peut-être celui-ci connaîtra-t-il le même sort?). Dans le monde antique, il semblerait que les Grecs aient ignoré cette coutume puisqu’Hérodote s’étonne de voir les Perses célébrer les anniversaires. Les Egyptiens, eux, semblaient le faire aussi et l’histoire de Joseph, dans la Bible, nous en apporte le témoignage. Les Romains fêtaient les anniversaires en rendant hommage au génie personnel de chacun, une sorte d’ange gardien païen: d’une certaine façon, ce sont eux qui ont introduit la confusion entre souvenir de la naissance et hommage au saint patron. Cette confusion, d’ailleurs, a été entretenue dans de nombreux pays catholiques par la tradition de donner au nouveau-né le nom du saint du jour: les deux fêtes se confondaient alors. Bien souvent, aussi, le terme de fête était utilisé dans les deux cas, le mot “anniversaire” étant d’usage récent (et de culture latine: les langues septentrionales font référence à la naissance plutôt qu’au changement d’année). C’est au Moyen-Âge que la tradition de fêter les anniversaires s’est perdue, la place prise par les saints devenant prépondérante et la conscience individuelle étant très faible, pour ne pas dire inexistante. À la Renaissance, les pays “réformés”, rejetant la dévotion aux saints, retrouveront cette tradition de l’anniversaire. D’une façon générale, on sait l’influence qu’a eu la religion protestante sur cette prise de conscience de l’individu. Françoise Lebrun voit dans le grand brassage des idées du XVIII° siècle mais, surtout, dans les échanges entre Europe occidentale et Europe orientale, l’une des causes de l’émergence de cette conscience. C’est, en tout cas, à partir de ce moment et plus spécialement au cours du XIX° siècle que la coutume de célébrer les anniversaires se généralise avec plus ou moins de résistances dans les pays catholiques (ainsi dans ceux du sud de l’Europe, Italie, Espagne, Portugal, où l’anniversaire reste plutôt une fête pour les enfants). Pour l’auteur encore, l’origine allemande de la famille royale d’Angleterre a certainement joué un rôle primordial, cette fête prenant une place prépondérante dans l’entourage de la reine Victoria.


Ailleurs, comme en Chine, où la célébration du jour de naissance est traditionnellement très importante, celle-ci était réservée aux classes aristocratiques, ce qui a été longtemps le cas en Europe aussi. Alors que, dans cette dernière région du monde, si le repas a toujours été une façon de célébrer les anniversaires, le gâteau, devenu mets emblématique, n’a pas de spécificité particulière sauf celle de supporter les bougies, il en est pas de même partout: ainsi, en Chine encore, les “nouilles de longue vie” sont une obligation ainsi que le poulet et les oeufs rouges. Des pêches peuvent être également offertes car elles sont symbole d’éternité. Les nouilles “de longue vie” sont des pâtes fraîches de blé qui, à peine fabriquées, sont consommées et, pour cela symbolisent le temps qui passe. Mais la façon traditionnelle de les fabriquer où, virevoltant entre les mains du cuisinier, la boule de pâte s’étire indéfiniment en longs fils, évoque aussi la longévité. Aussi, plutôt que de donner une recette de gâteau d’anniversaire, je préfère célébrer les dix ans de Miam-Miam en livrant celle des nouilles (et une façon de les accommoder “à la chinoise”, selon une recette donnée par Ken Hom dans son livre, Saveurs de Chine). Habituellement les nouilles chinoises se préparent avec de la farine de blé tendre, celle que l’on trouve couramment.


Traditionnellement les chinois étirent cette pâte à la main et font s’allonger les nouilles entre leurs doigts en les passant d’une main à l’autre. Personne n’oblige un pauvre long nez qui n’a pas fait ça depuis son enfance à en faire autant: il est donc possible d’utiliser un laminoir à pâtes (en se souvenant qu’il faut passer plusieurs fois la pâte dans l’appareil avant de la tréfiler) ou un simple rouleau à pâtisserie. Étendre alors la pâte aussi finement que souhaité puis la rouler sur elle-même après l’avoir farinée et la couper au couteau de la largeur voulue pour les nouilles. Pour rester dans la note chinoise, puisqu’il s’agit d’anniversaire, faire des pâtes aussi longues que possible!


Bien sûr, les jours de flemme, on peut aller chez son traiteur italien acheter des pâtes fraîches aux oeufs ou, chez son épicier asiatique favori, des pâtes sèches de blé.
Bien évidemment, puisqu’il s’agit d’un anniversaire, rien ne nous empêche de planter des bougies entre les nouilles…

 bougie